| ALFRED GRÜNWALD |
| gesehen durch die Brille des Schriftstellers Maurice Chappaz |
| Siehe auch Pierre Imhasly (Übersetzter von Chappaz Werken) und Freund von Alfred Grünwald |
| Treize étoiles, Januar 1969 |
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Ignorer quelqu'un à Paris n'est rien, ignorer
quelqu'un en Valais est plus grave. Pourquoi? Parce que si ce quelqu'un
existe, il est bien seul et il n'y a pas beaucoup de gens qui existent.
En général on meurt quand on est enfant et on se survit ensuite pendant cinquante ou soixante ans grâce à des acquis parfaitement trompeurs: études, places, argent, titres, l'habit rayé même. Ne parlons pas du mariage: foyer égale cendres. Certes il y a un aspect paysan et vrai de la vie. Et un aspect artiste très simple. J'avais rencontré Grünwald sous l'apparence de ses vitraux d'Hohtenn que je n'avais guère admirés. Quelque temps après un jeune peintre de Sierre me crie à travers la rue: "Grünwald est mort". J'avais été troublé par ce cri. Une exposition s'ouvre à Saviese et j'ai été bouleversé de rencontrer d'autres oeuvres du peintre que j'avais rejeté, des oeuvres toutes proches de mes goûts les plus immédiats. J'aimais ce peintre, ce Grünwald inconnu. Je ne recherche pas en art ce qu'il y a de plus grand (bien que je puisse le trouver). Me plaît le grégorien sauvage, des airs de flûte de l'Inde, des chancons populaires noires ou blanches, et en littérature les contes, les légendes, le folklore si bêtement méprisé (l'indigène qui a été à l'école a un snobisme à rebours), le folklore qui contient presque autant de vérités que les religions respectables qui en ont beaucoup oublié ... Alors voyer Grünwald, c'est le baroque populaire valaisan. Si je l'appelle Juif de Viège c'est que je me dis: quel peuple a aussi bien senti et réalisé de tant de façons la Bible que cette treizième tribu du Haute-Rhône et puis vraiment tous ces personnages grünwaldiens ne ressemblent-ils pas à des prophètes ou à des réfugiés? Ils sont nos saints bohème. Immédiatement en surface on peut noter des influences (selon l'esprit d'un enfant), Matisse, Rouault ou des expressionnistes allemands. Ces influences passent, effleurent. En dedans il y a une simplicité douleureuse, religieuse. A moi de recrier ma réponse: "Grünwald est vivant". Maurice Chappaz |
| QUELLE: Alfred Grünwald: Der Mensch-Das Werk-Die Stiftung, Brig 1976, Rotten Verlag (vergriffen), S.42 |